Vous vous souvenez de Pierre et Jean, qui se jouait il y a quelques semaines à la Folie Théâtre ? Eh bien, la même compagnie, toujours dite du Guépard Échappée, en deux temps trois mouvements nous a concocté un nouveau spectacle : L’histoire du Dindon. Les aficionados du théâtre seront immédiatement interpellés par la présence de cet animal dans le titre, et cela leur fera inévitablement penser à ce cher Georges. Ils auront bien raison : cette histoire est, en effet, tirée de la pièce de Feydeau ! (Remarquons au passage la délicatesse : d’aucuns ne se seraient pas privés d’afficher : Le Dindon — ici, on est prévenu, c’est : d’après.)

La metteur en scène Vica Zagreba s’est ici associée avec Hélène Lebarbier, qui co-signe donc ce spectacle présenté dans le cadre du Festival Premier Pas, organisé à la Cartoucherie de Vincennes. Ce festival est consacré aux jeunes troupes, qui défendent, justement, un « esprit » de compagnie, où chacun met la main dans la pâte de tous. Dès l’accueil, à l’entrée du chapiteau, car le spectacle prend place dans un chapiteau !, vous trouverez à la caisse aussi bien qu’au bar les participants au festival. Et pendant que vous dégusterez une part de cake faite maison, vous pourrez, si vous êtes un tant soit peu curieux, apercevoir les comédiens se préparer dans le container qui leur sert de loge. Tout de suite, c’est bon enfant, tout de suite vous êtes à l’aise, et ne regrettez pas d’avoir franchi le périphérique…

Et alors que vous serez en train de déguster un verre de vin à deux euros (c’est le vrai prix !), vous serez tout à coup charmé par un petit orchestre tzigane, qui viendra commencer à vous emporter. Chouette alors, vous direz-vous, en plus du spectacle, il y a un concert ! Raté. C’est le spectacle qui commence ; et alors que vous essuierez une larme en pensant à de fameux yeux noirs, vous serez conduit à l’intérieur du chapiteau. Assis sur un banc, une couverture sur les genoux ou sous les fesses, vous serez enfin prêt à entendre et regarder l’histoire du Dindon. Ça tombe bien : voilà la lumière qui baisse. Et là…

C’est parti ! C’est parti pour un moment plein de vie. La vie, c’est justement la qualité principale de ce spectacle. Entraînés par la musique de l’orchestre tzigane ou par celle de Feydeau, les comédiens débordent d’énergie, qui rejaillit sur vous ! L’adaptation de la pièce originale consiste en quelques coupures, qui allègent le spectacle sans nous perdre, et en l’introduction de cette musique tzigane. Et cette musique n’est assurément pas là comme un cheveu sur la soupe. Elle a coloré tout le spectacle, et elle apporte une teinte particulière au Dindon. Les décors et les costumes semblent en accord avec la roulotte et le chapiteau, faits de bric et de broc mais luxueux en même temps. Les comédiens aussi ont l’air d’avoir intégré cette musique, et nous donnent le texte avec cette teinte si particulière, reflet d’une certaine âme, tumultueuse, violente et mélancolique. C’est une vraie « tziganie », comme disent les metteurs en scène !

Il est curieux, en tous cas inhabituel, de traiter Feydeau avec cette musique-là. En effet, dans la musique tzigane, la forme est sans conteste l’image fidèle du sens. Et si cette musique est diverse et multiple, vigoureuse et tendre à la fois, c’est qu’elle se veut image de l’âme de l’homme. De l’homme fort, en plein dans la vie, mais aussi très mélancolique. L’écriture de Feydeau, elle, prend les choses un peu différemment : la forme est géométrique, mathématique, qui est là pour traduire des pensées, des sentiments et des situations pour le moins chaotiques et contradictoires. La musique de Feydeau est bien réglée, celle des tziganes est déréglée. Mêmes tourments du cœur, expressions différentes. C’est une gageure de vouloir les réunir sur un même lieu et dans un même temps. La gageure est tenue. Bravo !

Allez passer un bon moment en compagnie de tout ce beau monde. Ils sont nombreux sur le plateau, et seront encore plus nombreux dans votre tête ! Il reste sept représentations au mois de juin : les mercredi 8, jeudi 16, dimanche 19, mardi 21, mercredi 22, jeudi 23, et samedi 25. Vous pouvez retrouver tout le programme du festival en suivant ce lien. Et pour réserver, c’est simple : 01 43 74 24 08, avec des places de 10 à 15 euros. Pô cher !

Vous avez vu le spectacle ? Qu’en avez-vous pensé ?