Les informations d’abord apportées par le Figaro sur l’éventuelle non-reconduction d’Olivier Py à la tête de l’Odéon – Théâtre de l’Europe ont été confirmées par le Ministère de la Culture : Frédéric Mitterand proposera la nomination de Luc Bondy au Président de la République. C’est un petit coup de théâtre, quand même ! Sur la forme, et sur le fond.

La manière dont toute cette affaire s’est déroulée, et se déroule encore est pour le moins surprenante… C’est le Figaro qui a eu vent le premiers des bruits circulant dans les couloirs feutrés de la rue de Valois, et qui a publié un article sur son site, et une brève dans son édition papier. Les trois « personnalités qualifiées » siégeant au Conseil d’administration de l’Odéon apportent alors immédiatement un démenti, rabaissant l’information au rang d’une rumeur, et louant le travail d’Olivier Py à la tête de l’établissement public. C’est qu’eux-mêmes n’y croyaient pas ? ou bien alors ils jouaient la comédie… Ensuite, suspens !…

Et l’on apprend que Monsieur Py est demandé auprès du Ministre.
Et l’on apprend que son premier mandat en tant que Directeur de l’Odéon sera le seul.
Et l’on apprend qu’il sera remplacé par Luc Bondy dès l’année prochaine.

Au delà de l’inélégance du procédé, il est surprenant que ces décisions soient présentées comme celles du Ministre de la Culture. En effet, c’est bien le Président de la République (que l’on n’a toujours pas entendu sur ce sujet) qui est le seul habilité à nommer le directeur de notre Théâtre de l’Europe. Il semblerait d’ailleurs qu’on se le soit rappelé en cours de route puisque François Baroin, porte-parole du Gouvernement (et celui de la Présidence, alors ?), révèle ce matin sur Europe 1 que « la décision n’est pas prise »… Alors, quoi ? Qui décide ? Il serait temps d’éclaircir les choses !

Sur le fond, ensuite, la nouvelle a de quoi surprendre. Pour deux principales raisons. La première étant qu’il est tout à fait inhabituel qu’un Directeur d’un établissement de cette envergure ne fasse qu’un seul mandat. Il était, jusqu’à présent, toujours renouvelé, et parfois par deux fois. On peut aisément comprendre que, pour réaliser de vraies opérations culturelles, cinq ans ne soient pas assez. Vu l’ampleur des tâches à accomplir, vu la complexité des dossiers, vu les moyens mis en jeu, il est difficile de demander à quelqu’un de tout réaliser pour le mieux en un seul mandat. Ainsi, cette éviction ne peut pas signifier « Merci bien, mais vous avez fait du mauvais travail », elle dit « Nous préférons quelqu’un d’autre ».

Quant au travail d’Olivier Py, qu’on apprécie ses qualités artistiques ou non, il est évident qu’il aura laissé une sacré empreinte à la tête de l’Odéon. Par sa direction artistique d’abord : il a donné pleinement sa place au théâtre européen dans cet Odéon. Il a programmé des auteurs contemporains et des classiques. Par ses actions vers les publics, ensuite : il a réussi le pari de faire des Ateliers Berthier une réelle deuxième salle de l’Odéon. Il a rendu les lieux dont il avait la responsabilité vivants, organisant un maximum de manifestations, célébrant et le verbe et le corps. Il a mis en place de nombreux partenariats avec l’Éducation nationale, ouvrant les portes du théâtre à ceux qui seront les futurs spectateurs, les futurs acteurs des théâtres de demain. Enfin, par sa qualité de gestionnaire : les taux de fréquentation sont à faire rêver n’importe quel directeur. Il a surtout réussi à obtenir une conséquente subvention de la commission européenne, ce qui peut paraître bien normal pour ce théâtre.

Voilà, déjà, les fruits de quatre ans de travail. Peut-être eut-il été intéressant de laisser Olivier Py diriger l’Odéon pendant quelques années encore… Peut-être pouvions-nous laisser à la tête de l’Odéon un Directeur qui est aussi auteur, metteur en scène et comédien… Mais, les soutiens d’Olivier Py se mobilisent sur le web et dans la presse, et, comme dit François Baroin, la décision n’est pas prise. Peut-être quelques signatures feront que le Président ne suivra pas les recommandations de son Ministre…

Au-delà de l’anecdote, deux questions se posent à nous, au cœur de cette actualité :

  • Le mode de nomination des Directeurs des établissements culturels publics est-il satisfaisant ? Si non, comment faire ?
  • La durée des mandats est-elle appropriée au travail à accomplir ?

Non, nous n’avons pas les réponses…